Cancer de la prostate à 52 ans, les tabous des effets adverses

Témoignage

10.06.2003

Moi j'étais fatigué depuis des mois. Mais fatigué avec ce que je fais, disons c'était normal. En fait, j'étais épuisé depuis des mois et c'est ma femme qui m'a obligé d'aller faire un check-up. Et c'est suite à ce check-up qu'on a fait le dosage de ce détecteur du cancer précoce de la prostate, qu'on a trouvé qu'il était élevé, que j'ai fait une biopsie et qu'on a diagnostiqué un cancer de la prostate. J'avais 52 ans et j'étais marié depuis deux ans.

J'ai assez mal réagi à cette mauvaise nouvelle.

Ma vision du cancer de la prostate venait des hommes que j'avais rencontrés et des malades que j'avais connus au CESCO. C'était des gens qui avaient une maladie généralisée, le plus souvent ; donc ma vision était assez négative et je n'imaginais pas que pour le cancer précoce des hommes de 45 ans, quand il y a des cancers de prostate dans la famille ou de 50 ans, de 60 ans, la situation était si difficile. Donc j'ai mal pris la nouvelle comme on prend mal les mauvaises nouvelles et j'ai « fait avec » en disant : bon, bien, qu'est-ce qu'on va faire ? Ca a été le premier problème.

Ensuite, à propos des traitements, vous découvrez l'incertitude. Quand on s'occupe des personnes âgées et de grands malades en fin de vie, on connaît l'incertitude. Mais avec le cancer de la prostate, vous êtes dans l'incertitude et vous êtes confrontés à des gens qui défendent des certitudes avec des bases scientifiques bien faibles et ça c'est extrêmement désagréable.

Bon moi j'ai eu beaucoup d'aide, beaucoup de conseils mais si vous voulez le processus était assez solitaire avec ma femme et le processus a été long jusqu'à ce que je me sente en état de choisir. Puis après c'était mon affaire et je choisissais en fonction des complications et des complications post-opératoires.

J'ai choisi un type de chirurgie, car vous êtes confrontés à choisir la vie et vous mettez dans la balance la vie pour la vie et puis les plaisirs de la vie. Avec le recul c'était le bon choix, le meilleur choix possible à l'époque. Je ne sais pas si on a vraiment le choix à moins qu'on soit complètement déprimé et qu'on décide de ne pas choisir la vie, mais pas à n'importe quel prix, en essayant de faire le choix du moindre frais c'est-à-dire le moins d'effets secondaires possibles.

Actuellement les choix de traitements sont :

Le premier, c'est la chirurgie et le deuxième c'est la radiothérapie, les radiations et il y a deux formes de radiothérapies. Il y a une radiothérapie dite externe et une radiothérapie que, dans notre jargon, nous appelons la brachythérapie qui consiste à implanter des aiguilles radioactives dans la loge prostatique, dans l'organe malade.

En effet, aujourd'hui nous ne sommes pas encore capables d'identifier les cancers de la prostate qui auront une évolution défavorable c'est-à-dire qui vont mal tourner si vous me passez l'expression versus ceux qui sont plutôt des cancers d'évolutivité très lente.

A propos des effets secondaires des traitements on est dans les tabous, on est dans le mensonge et on est dans les mythes parce que quand vous êtes opéré ou irradié vous êtes stérile. Vous n'avez plus d'éjaculation. En médecine, on appelle l'éjaculation rétrograde. Mais comme si « cela giclait dans le dos », mais c'est des âneries. Finalement ce tabou, ces tabous desservent les patients. D'abord quand vous annoncez que vous avez le cancer de la prostate on dit: comment ! à ton âge ! Donc ça veut dire que c'est une maladie de vieux. Alors comme c'est une maladie de vieux cela n'intéresse pas vraiment les gens. Et puis on ne fait pas nécessairement des traitements les plus sophistiqués puisque de toute façon c'est des vieux mecs. « Deuzio » les effets secondaires: et bien vous êtes stérile, puis, qu'est-ce que cela peut faire pour un vieux mec d'être stérile ; vous êtes impuissant, mais ma fois, à votre âge, qu'est-ce que vous voulez, il ne faut pas encore imaginer avoir du plaisir sexuel et puis vous perdez les urines. Si vous avez une grosse prostate sans cancer, vous avez des problèmes d'urine donc de toute façon il y a une espèce de fatalité, une forme d'âgisme, de racisme contre les vieux qui fait que maintenant vous pouvez détecter des cancers plutôt mais les techniques de traitements datent d'avant…

Charles-Henri Rapin