«Je suis un survivant du cancer»

Témoignage

Vingt ans après un diagnostic de cancer et une ablation de la prostate, Hubert Rolle prouve qu’on peut s’en sortir et revivre comme avant. Il témoigne, à 71 ans, de l’évolution positive de la prise en charge des patients.

 

A 51 ans, dans la force de l’âge, Hubert Rolle se sent en pleine forme. Jamais malade, il n’a même pas de médecin généraliste. En 1995, il connaît pourtant son premier pépin de santé. «Je n’arrivais plus à uriner et j’avais de fortes douleurs dans un rein.» Il consulte en urgence un urologue qui diagnostique des polypes dans l’un des uretères (canal qui conduit l’urine des reins jusqu’à la vessie) et procède à une intervention chirurgicale pour les retirer. En 1998, des polypes se nichent dans la vessie. L’année suivante, c’est à nouveau l’uretère qui est touché. Un cancer de la prostate agressif est aussi découvert. Son urologue lui suggère alors une intervention visant à lui enlever la prostate et le rein atteint. «J’étais un peu sonné par la nouvelle. Mon épouse a repris les rênes. C’est elle qui a posé toutes les questions aux médecins. Nous avons aussi demandé à avoir d’autres avis.»

Au Service d’urologie des HUG, qui vient d’être repris par le Pr Christophe Iselin, Hubert Rolle et son épouse apprennent que les polypes de 1995 étaient en fait des
carcinomes (tumeurs cancéreuses). En matière de traitement, il a le choix entre une radiothérapie associée à une chimiothérapie ou une intervention chirurgicale sur l’uretère et une ablation de la prostate. «C’est une décision difficile à prendre. A l’époque, le patient était un peu livré à lui-même. Avec ma femme, nous avons cherché des informations partout, jusqu’aux Etats-Unis, mais nous étions seuls pour faire le tri.» Tous deux décident d’opter pour l’intervention. Elle durera cinq heures et demie.

Comme avant

Comme tous les hommes dans sa situation, Hubert Rolle redoute les conséquences lourdes (incontinence et troubles érectiles) que peut entraîner l’ablation de la prostate. S’il ne rencontre aucun problème de fuite urinaire, côté érection, en revanche, il ne se passe plus rien. «Il y a vingt ans, on n’était pas tellement accompagnés par les médecins sur ce plan-là. Aujourd’hui, les hommes sont encouragés à reprendre une activité sexuelle assez vite. On leur donne des conseils. Moi, on m’a prescrit quelques traitements, peu agréables et inefficaces. Je me suis dit que ce ne serait plus jamais comme avant, mais avec ma femme, on a tout repris depuis le début. On a beaucoup travaillé ensemble et aujourd’hui, tout est redevenu comme avant, après un an et demi d’efforts communs.»

Libérer la parole

Membre fondateur, avec son épouse, de PROSCA*, association de soutien aux personnes touchées par le cancer de la prostate, Hubert Rolle a suivi l’évolution de la prise en charge au cours de ces deux dernières décennies. «Avant, les patients n’avaient pas vraiment droit à la parole. Le Pr Iselin, qui avait travaillé aux Etats-Unis, les a au contraire encouragés à collaborer, à donner leur avis. La prise en charge est désormais multidisciplinaire, ce qui représente une aide importante pour le patient au moment de décider de se faire opérer.»

Quand on lui parle de l’encadrement médical dont il a bénéficié, et bénéficie encore au Service d’urologie, la réponse d’Hubert Rolle est sans équivoque: «Ils ont toujours travaillé dans les règles de l’art! Je sens qu’ils sont là, chacun à leur place. On s’occupe parfaitement de moi». Aujourd’hui, il continue à être suivi une fois par an pour des examens de contrôle. Il a régulièrement de petits polypes dans la vessie, mais qui ne présentent aucun danger, et il a toujours ses deux reins. «Je me sens relativement tranquille maintenant.». Guéri? «Non, survivant du cancer. Je serai toujours en rémission.»

Voir l'article publié dans le Journal Pulsations des Hôpitaux universitaires de Genève - Nov. 2018