Prostatectomie laparoscopique avec préservation des nerfs érecteurs

Témoignage

23.08.2004

Grâce à la perspicacité de mes urologues, j'ai eu la grande chance de dépister mon cancer de la prostate à un stade précoce. Ceci m'a permis d'une part - très importante à mes yeux - de ne pas m'affoler au moment de l'annonce de mon cancer, car ainsi j'ai pu appréhender avec force et sérénité ce qui m'arrivait. D'autre part, cela m'a donné assez de temps pour faire ma propre recherche sur les différentes méthodes d'intervention disponibles avant de me décider sur celle qui pourrait être choisie pour procéder à l'ablation radicale de ma prostate.

Je dois dire au préalable que j'ai souffert depuis plus de 25 ans d'innombrables prostatites. Ces crises récurrentes ont conduit mon urologue à me conseiller de faire une biopsie bien que mon PSA n'était que de 1.46 et qu'au toucher rectal rien ne laissait présager une tumeur maligne.

La première biopsie (janvier 2003) n'a pas donné de signes positifs, ni négatifs mais des indications d'une lésion précancéreuse soit une pin 3 à droite. Dès lors, nous avons convenu de refaire une nouvelle biopsie en juin dernier et celle-ci s'est avérée positive avec un Gleason de 3+3 soit de 6 sur 10, un taux considéré comme moyen qui n'impliquait aucune mesure d'urgence immédiate. C'est ainsi que j'ai pu par bonheur éviter de devoir me lancer dans une opération préparée à la hâte tout au moins dans ma tête. De plus, la taille de la tumeur ne semblait pas trop conséquente, ni son agressivité jugée relativement modeste dans un premier temps à tout le moins.

J'ai donc mis à profit les mois d'été pour m'informer et faire ma propre enquête, tant en visitant les bibliothèques spécialisées à Londres à l'occasion d'un voyage d'affaires et bien sûr en surfant sur le Net. J'ai ainsi pu me rendre compte que j'avais beaucoup de chance dans mon malheur et que je n'étais en rien le seul à qui ce défi était lancé.

C'est donc en pleine confiance dans le diagnostic établi et dans ma bonne forme physique que je me suis préparé à faire mon choix entre les différentes méthodes d'ablation de la prostate.

La méthode classique dite de l'ablation radicale de la prostate par l'ouverture de l'abdomen bien qu'au bénéfice d'un recul rassurant, ne me paraissait pas être la seule solution à retenir. Je suis un homme qui aime vivre le plus possible en symbiose avec les progrès que la technologie médicale apporte de plus en plus. En outre, les propos échangés avec un de mes urologues visant à couper " au plus large, car on ne badine pas avec la vie " m'ont fait très peur quant aux chances de préserver mes nerfs érecteurs. Dès lors, j'ai replongé à fond dans mes recherches et j'ai eu la grande chance de découvrir sur internet des indications détaillées sur l'ablation de la prostate par laparoscopie. Une technique nouvelle développée en France en 1998/99 et qui, en plus d'être sensiblement moins invasive que la technique classique recommandée par mon urologue, permet d'intégrer une notion de microchirurgie dans le traitement hautement scabreux des frontières établies entre celles laissées à la fois par les contours d'une tumeur, celles provenant des cicatrices laissées à la suite des nombreuses prostatites anciennes et celles enfin relatives aux nerfs à préserver. Aussi, je me suis intéressé à cette méthode nouvelle qui m'a rapidement séduit. C'est vrai qu'elle impliquait une petite prise de risque en plus, mais à mon avis le risque zéro n'existe pas dans la vie et encore bien moins avec le cancer. Toutefois, de là à tout lui sacrifier, je n'étais pas vraiment prêt, à mon âge, à tout abandonner pour me débarrasser de cette vilaine bête. Heureusement, j'ai pu démasquer cette vilaine bête dans des délais raisonnables, ce qui m'a laissé une bonne marge de manoeuvre.

L'aspect " Microchirurgie " m'a séduit ainsi que ma pleine confiance dans le fait que je serais traité par un spécialiste dans ce type d'opération. De plus, tous les feux verts arrivaient sur mon téléphone pour me conforter dans mon choix favorisant la Laparoscopie.

C'est donc en pleine confiance et avec un super moral que j'ai subi cette opération le 10 novembre 2003 et quitté l'hôpital 4 jours après mon opération. Mes cinq cicatrices se sont très rapidement guéries, et j'ai gardé avec sagesse ma sonde une dizaine de jour au-delà de ce qui avait été prévu, soit un petit mois en tout, sans aucune gêne particulière car je savais que ce n'était que pour permettre à une petite cicatrice interne de guérir dans un délai un peu plus long que la moyenne.

J'ai souffert de maux de tête au moment de la reconstitution du bol alimentaire et des phases digestives pendant peut être une dizaine de jours mais je dois dire que ces maux bien que forts au début se sont très rapidement estompés avec la remise en marche régulière de mon système digestif.

Il y a lieu de relever que je n'ai que très peu pris de médicaments hormis ceux liés à ma narcose et aux anti-douleurs post-opératoires. De plus, j' ai eu la grande chance de ne pas avoir à souffrir des brûlures liées à l'assèchement de mes voies respiratoires malgré mon endormissement artificiel. Il est vrai qu'une bonne partie de ma narcose a été consacrée aux réglages des appareils et autres caméras reliées entre autre par visio conférence avec l'Institut Montsouris à Paris, inventeur de cette nouvelle méthode.

Pour être absolument exhaustif, je dois porter un très léger bémol dans le fait qu'après avoir quitté l'hôpital, mon épouse et moi-même avons éprouvé une certaine inquiétude avec la gestion de la sonde, les problèmes liés à ma toilette et les dernières étapes à franchir avant l'arrivée finale sur les Champs-Élysées, délivré de la sonde et de retrouver très vite toutes mes sensations. Nous pensons avoir eu plus d'inquiétude à ce moment que durant toutes les autres phases de cette expérience.

Mon chirurgien a fait un travail remarquable et mes deux premiers PSA après l'opération sont jugés « indétectables ». Tout semble en bonne voie. J'ai repris mes activités après un mois de repos mais à mi-temps. La fatigue est arrivée après environ 3 à 4 semaines. Je reste assez fatigué et irritable. Je travaille maintenant (3 mois après l'opération) comme avant. J'ai eu des fuites puis tout s'est rapidement amélioré, je peux dire aujourd'hui que je suis parfaitement sec grâce aussi à des cours de physio (env. 6 à 7 séances). Sexuellement tout semble également ok, j'ai repris mes relations après moins de deux mois et je trouve que les séquelles à cet effet sont plus morales que physiques (fatigue assez marquée après mais je perçois maintenant de grands progrès et ma forme revient très vite). Enfin je dois dire que mon plaisir est quasiment similaire à avant mon opération.

C'est pourquoi je ressens un besoin sincère de donner mon témoignage et de partager mon expérience avec d'autres personnes déjà opérées et surtout d'encourager d'autres patients de ne pas perdre confiance car le cancer de la prostate - s'il est pris à temps - peut être aujourd'hui traité plus efficacement encore et ceci avec des séquelles de moins en moins pénalisantes.

Pour me situer : j'ai 58 ans cette année, je suis marié, nous avons deux enfants de 27 et 21 ans. J'exerce une profession libérale. Je suis un adepte du vélo et chaque année je fais plus de 3'000 km et j'espère vivement en faire bien plus cette année.

Philippe Jacques