Prostatectomie par laporscopie

Témoignage

09.02.2004

Dès l'âge de 48 ans, en 1995, j'ai décidé de faire un contrôle annuel de ma prostate. En effet, il est connu qu'à partir de l'âge de 50 ans, les risques de cancer sont déjà importants. Par conséquent, j'ai estimé que pour ce genre de maladie, il valait mieux s'y prendre trop tôt que trop tard.

En juin 2000, mon urologue constate que l'indice de PSA est à 4,3, donc trop élevé par rapport aux précédentes mesures et la norme admise (max : 4). Par contre, le touché rectal démontre une prostate petite et molle, ce qui en apparence, est tout à fait rassurant.

En juillet 2000, je décide de consulter un autre médecin pour avoir un avis supplémentaire. Résultat : PSA à 4.66, prostate toujours petite et molle. En novembre de la même année, nouveau contrôle. Résultat : PSA à 7,6 plus le début d'une grande inquiétude car ce médecin avait l'air tellement horrifié que j'avais l'impression de vivre déjà mes dernières heures ! Cela montre à quel point certains médecins ne sont pas préparés à ce genre de situation. Il me conseille néanmoins de consulter un autre médecin-urologue très spécialisé dans ce domaine. Ce que je fais en novembre 2000.

Celui-ci, après un touché rectal et une échographie pense qu'il s'agit plutôt d'une prostatite. Il me propose de faire une biopsie en me plaçant néanmoins dans une logique de cancer en me proposant, par exemple, de venir en consultation avec ma femme - si j'en ai une - au cas où les résultats seraient mauvais. « Il vaut mieux être deux » me disait-il. De plus, il m'explique qu'en principe, en cas de cancer, j'ai quand même une espérance de vie de dix ans au moins !!!

Décembre 2000, pas convaincu par l'attitude du personnage, je retourne auprès du premier urologue qui m'a rassuré en me disant qu’il ne fallait rien anticiper mais qu'il était effectivement plus prudent de pratiquer une biopsie. Cet examen n'est pas pénible et facile à réaliser. Il présente toutefois un petit danger s’il est mal fait. Il s'agit de perforer la prostate pour faire un prélèvement en passant par la paroi interne du rectum et cela constitue qu'on le veuille ou non un éventuel passage pour des germes ou des bactéries.

Résultat de la biopsie : pas de présence de cellules cancéreuses dans les quatre prélèvements. En général, on en fait plutôt six, huit et parfois douze. Celle-ci est pratiquée sous la couverture d'antibiotiques pendant deux ou trois jours. N'ayant pas, pour différentes raisons, dont sa nonchalance et sa méconnaissance du dossier, une confiance suffisante en ce médecin, j'ai décidé de prendre les devants et d'anticiper sur les évènements en choisissant déjà le meilleur chirurgien possible.

Connaissant les effets secondaires d'une opération de ce genre et les risques inhérents à cette maladie, je voulais pouvoir être soigné au mieux en cas de mauvaise nouvelle. Organiser l'avenir était pour moi une façon de me rassurer un peu et précéder le mal. L'avenir me montrera à quel point j'ai eu raison d'agir ainsi. Après avoir eu de nombreux contacts avec des médecins ou des personnes bien informées, j'ai fixé mon choix et j'ai dès lors continué mon traitement chez un autre urologue plutôt sérieux et dynamique, donnant l'impression de bien connaître le sujet et surtout utilisant une méthode opératoire nouvelle qui semblait me donner le maximum de chances, car plus précise et bien moins éprouvante qu'une chirurgie classique, la laparoscopie. Ce médecin avait tout à fait le profil que je recherchais. Ceci bien sûr pour le cas où je choisirais la chirurgie comme moyen thérapeutique parmi les autres possibilités qui nous sont offertes. Je sais que malgré mes différentes investigations pour m'en sortir au mieux, avec ma façon à moi de me battre contre cette maladie que je sentais venir, j'ai toujours eu un petit penchant pour la chirurgie.

Avril 2001, PSA à 9,9 et traitement aux antibiotiques pour une éventuelle inflammation de la prostate.

Juin 2001, PSA à 15. Nouveau traitement antibiotique. Prostate toujours petite et molle. Novembre 2001, PSA à 17.

Janvier 2002, deuxième biopsie avec huit prises. Février 2002, résultat de la biopsie : présence de cellules cancéreuses dans six prises. Là, la biopsie a été effectuée avec un appareil que l'on introduit dans le rectum et qui donne la possibilité de suivre son déplacement par échographie et ainsi de diriger l'intervention avec une certaine précision. La première biopsie n'a pas été pratiquée de la même façon. Là, il s'agissait d'une pointe qui était fixée au doigt du médecin. Il introduit ce dernier dans le rectum et vise différents points par un toucher de la prostate puis il déclenche la pointe qui va pénétrer dans celle-ci et effectuer le prélèvement désiré. Rien ne garantit que l'on vise juste ! L'urologue me propose donc une prostatectomie par laparoscopie. Entre-temps, je prends contact avec le service de radiothérapie de l'Hôpital cantonal. Là, on me conseille la radiothérapie arguant que les effets secondaires ne sont pas plus importants que par la chirurgie qui voit aussi des récidives se produire. On me propose une IRM pour avoir une information supplémentaire sur l'état de ma prostate.

14 mars 2002: le résultat est net, la capsule n'est pas atteinte. Ce diagnostique est faux puisqu'on saura plus tard, après l'opération, que des infiltrations microscopiques existaient déjà. J'ai écris au médecin responsable du service pour lui demander des explications. Celui-ci m'a téléphoné (j'avais demandé une réponse écrite) en me donnant des arguments assez vagues sur un ton plutôt embarrassé. Ma décision est prise, je me ferai opérer estimant qu'il était de toute façon plus rassurant de débarrasser complètement mon organisme de toutes ces cellules cancéreuses et que c'est « plus propre ».

18 mars 2002: date prévue pour l'opération. Celle-ci a dû être interrompue parce qu'on n'a pas réussi à m'intuber alors que j'étais déjà sous anesthésie. Je me suis réveillé déçu et pas plus avancé qu'avant. Mon urologue m'a assuré que selon des études américaines il n'y avait, dans mon cas, aucun inconvénient à reporter de deux mois l'opération, celui-ci devant de toute façon s'absenter de Genève pour un mois. De plus, il fallait tenir compte du délai propre à la disponibilité du bloc opératoire. Une nouvelle date a été fixée au 2 mai 2002. Avant la première tentative, on m'avait prélevé une partie du composant sanguin pour une éventuelle auto-transffusion. Un deuxième prélèvement sera également effectué pour la deuxième tentative mais sur mon initiative car le médecin, cette fois, ne m'en avait pas parlé (oubli ?). Pour un complément d'informations, j'ai contacté par écrit un oncologue sur le conseil de la mère de l'un de mes élèves qui est elle-même soignée par ce dernier pour un cancer du sein. J'ai eu une première consultation au mois d'avril. Il a pensé qu'il était prudent de faire d'autres examens en vue de la deuxième tentative d'opération sachant que je suis difficile à intuber (radios des poumons, tube digestif, gorge). Résultats : rien à signaler.

2 mai 2002. Prostatectomie par laparoscopie, durée de l'opération : 7 heures, pratiquée par deux médecins. L'analyse de la prostate révèle des infiltrations microscopiques. Gleason 3+4. On ne peut pas savoir où elles se trouvent exactement. L'urologue me conseille de faire de la radiothérapie complémentaire. Le 16 juillet l'oncologue qui désormais s'occupe de moi me demande de faire une scintigraphie osseuse et un scanner abdomino-pélvien, résultat : rien de suspect. Je débute la radiothérapie le 23 juillet 2002. Le PSA est à 1,6. Nouveau contrôle du PSA après 20 séances : 4,01. Le médecin radiologue estime que ce traitement n'est pas efficace et que par conséquent ça ne vaut pas la peine de continuer. (2 septembre 2002).

Début août 2002, prise de contact avec la Lukasklinik à Bâle concernant un traitement parallèle avec l'Iscador. 28 août 2002: début du traitement avec l'Iscador. Le 5 septembre, analyses sanguines: tout ok sauf le PSA à 5.07. Le 12 septembre 2002, nouvelle scintigraphie osseuse et scanner cervico-thoraco-abdominal: rien à signaler.

Le 21 septembre 2002, je commence le traitement avec le Casodex, une anti-hormone.

12 octobre 2002 : analyses sanguines : tout ok, PSA à 0,43.
18 janvier 2003 : analyses sanguines : tout ok, PSA à 0,05.

12 avril 2003 : PSA à 0,05.
5 juillet 2003 : idem.

4 octobre 2003 : glycémie trop élevée, début d'un diabète (27 mmol/l) qui descendra à 6,5 mmol/l deux mois plus tard. PSA à 0,05.

27 octobre 2003 : scintigraphie osseuse, scanner, radiographie du thorax. Résultat : rien à signaler sauf des valeurs qui commencent à être mauvaises dans les tests sanguins. Toujours le traitement à l'Iscador.

19 janvier 2004: PSA toujours négatif.

Conclusions

Je m'étonne que quelqu'un comme moi qui prenait la précaution de contrôler annuellement sa prostate et qui de plus se souciais du problème, se trouve ainsi dans une situation non plus curative mais palliative parce que des cellules cancéreuses ont eu le temps de traverser la capsule et de ce fait me mettre dans une situation plus difficile, même qu'à ce jour tout est stabilisé et que je me porte bien. Il faut noter que la laparoscopie est un procédé chirurgical vraiment intéressant. En ce qui me concerne, dès mon réveil, juste après l'anesthésie, je me sentais déjà en pleine forme comme si l'on ne m'avait rien fait du tout, à tel point que je me demandais si l'opération avait vraiment eu lieu ! Aucun choc opératoire. L'intervention est plus longue que par la chirurgie classique et doit être pratiquée par deux chirurgiens. On fait trois trous dans le ventre et on y introduit des tiges avec lesquelles on va travailler. Ce travail est visible sur un écran avec un effet de grossissement de 15x, donc beaucoup plus précis.

A ce jour, je suis toujours traité avec une anti-hormone plus un traitement parallèle avec l'Iscador (deux injections par semaine). L'Iscador est un produit à base de gui qui renforce l’immunité et peut bloquer l'évolution d'un cancer chez certaines personnes. Il s'agit du seul médicament de médecine parallèle qui fait partie de la liste des médicaments suisses vendus en pharmacie sous ordonnance. Celui-ci n'est pas cher et utilisé depuis bientôt trente ans.

Pour la suite advienne que pourra.

Témoignage sous couvert de l'anonymat