Prostatectomie radicale avec un nerf érecteur préservé

Témoignage

23.03.2003

En 1995, j'avais alors 48 ans, j'ai été opéré d'un polype dans un uretère. Le même jour, dans la nuit, j'ai fait une hémorragie qui a nécessité une nouvelle intervention. En 1998, j'ai eu un nouveau polype situé au col de la vessie. Nouvelle opération qui a pu être effectuée par voie naturelle avec une péridurale. En juin 1999, de nouvelles douleurs rénales m'ont fait découvrir un nouveau polype, situé dans le même uretère. A cette occasion, j'ai demandé à mon urologue d'effectuer un dosage du PSA, car j'avais appris l'existence de ce test pendant des vacances avec des amis.

Ce test a révélé un taux de PSA élevé. Une biopsie a confirmé l'existence d'un cancer de la prostate. A l'annonce de cette nouvelle, c'est comme si j'avais reçu un énorme coup de marteau sur la tête. Ma capacité de réaction a été terriblement altérée. Heureusement, j'ai bénéficié de l'aide et de l'assistance de ma femme qui a alors commencé des recherches pour s'informer, en lisant des livres et des revues de médecine et en consultant des sites internet pour tenter de savoir à quoi nous étions confrontés.

Mon urologue m'a proposé d'enlever le rein, car une deuxième opération du même uretère posait un problème chirurgical avec la prostatectomie radicale qu'il envisageait. Nous avons décidé de prendre un deuxième avis.

Pour gagner du temps, ma femme a été chercher mon dossier médical et en a profité pour en faire une copie, avant de l'amener chez un autre urologue. Nous ne savions pas, à l'époque, que chaque patient a le droit de connaître son dossier médical. A sa lecture, nous avons constaté que mes polypes étaient cancéreux, alors que mon urologue m'avait toujours affirmé le contraire, et que la deuxième opération de 1995, suite à l'hémorragie, ne figurait pas dans mon dossier. Pour en terminer avec cet urologue, nous l'avons entendu, dans une émission de la Télévision suisse romande sur le cancer de la prostate, parler de prévention et de dépistage du cancer de la prostate (ou faites comme je dis mais pas comme je fais) !

Le contact avec le nouvel urologue s'est bien passé, son avis était d'opérer les deux problèmes en même temps. Nous avons pris également l'avis d'un oncologue qui nous a dit de ne pas opérer le cancer de la prostate, mais de l'observer. Le contact avec l'oncologue fut déroutant et ses explications peu précises et incomplètes.

Le fait d'obtenir des avis aussi divergents de la part de deux professeurs spécialisés dans leur domaine, nous a terriblement atteints. Comment le patient peut-il prendre une aussi grave décision dans cette situation ? Pourquoi doit-il subir le fait que des médecins d'une discipline différente, mais travaillant dans un même hôpital, n'arrivent pas à se mettre d'accord entre eux sur la meilleure méthode de traitement ?

Pour nous aider à faire le meilleur choix possible, nous avons envoyé mon dossier dans une grande clinique spécialisée en oncologie aux Etats-Unis. Leur avis était le même que celui de notre nouvel urologue. Nous avons décidé de me faire opérer à fin août 1999. L'opération, par voie périnéale, s'est bien passée et l'urologue a réussi à préserver un nerf érecteur. Mais au réveil, j'ai constaté que j'avais complètement perdu l'usage de mes jambes et quelles étaient complètement insensibles. Nouveau choc terrible. Après 4 jours, la sensibilité a commencé à revenir et, après 10 jours, je marchais à nouveau.

Heureusement la récupération s'est bien passée en ce qui concerne l'incontinence, par contre, ce fut beaucoup plus long et difficile pour les fonctions sexuelles. Grâce à la ténacité et à l'amour de ma femme, nous y sommes parvenus. A ce sujet, je dois constater que l'aide apportée à ces deux très importants problèmes est largement lacunaire et insuffisante. Une aide psychologique serait vivement souhaitable et certainement très bénéfique.

L'arrêt prolongé de travail dû à l'opération et la convalescence m'ont permis de faire le point sur ma vie passée et de redéfinir de nouveaux buts à atteindre, tels que l'amélioration de ma qualité de vie et la recherche de solutions aux problèmes qui me perturbaient. Dès le début de l'année 2000, j'ai mis en œuvre les décisions que j'avais prises, tant au niveau professionnel (séparation avec mon associé) que personnel (travail sur moi-même, apprendre à vivre mes émotions et surtout prendre conscience de l'amour qui m'entourait).

J'ai retrouvé mes forces, mon envie et ma joie de vivre, l'envie d'entreprendre et d'aimer, grâce à une sérénité retrouvée, une meilleure utilisation de mon énergie et de mon intuition.

Hubert Rolle